L’Europe agenouillée devant les exigences de la Grande-Bretagne

Le coup de poker de Cameron – Une analyse

David, le preux Chevalier Britannique qui s’en est venu à Bruxelles pour défendre les intérêts de ses concitoyens, lesquels prétendûment voudraient s’isoler de l’Union Européenne car cette dernière leur ferait les poches, a bel et bien réussi son coup de poker.

Certes, David Cameron ne s’est pas fait de nouveaux amis, si toutefois il en aurait eu auparavant, mais avec les gueux qui se sont pliés aux exigences – enfin pas toutes, mais quand même – il peut retourner au pays la tête haute et faire campagne pour maintenir la Grande-Bretagne dans l’Union Européenne. Pour autant, la partie n’est point encore gagnée et les „bookkeepers“ de Londres prennent encore des paris.

Britain's Prime Minister David Cameron poses for a photo before the traditional historic banquet "Matthiae-Mahlzeit" (St. Matthew's Day Banquet) at the town hall in Hamburg February 12, 2016. REUTERS/Morris Mac Matzen
© REUTERS/Morris Mac Matzen

Maître chanteur ou fervent défendeur de l’idée européenne?

En faisant miroiter, ce qui sur le parquet politique de Bruxelles est appelé le „Brexit“ – une dénomination du moins aussi débile que le précédent „Grexit“ – David Cameron aura persuadé les chefs d’Etat que, dés lors que la Grande-Bretagne sortirait de l’UE, celle-ci éclaterait de toutes parts et en conséquence la zone Euro aussi. Certes il est vrai que les Britanniques contribuent avec quelques 85 milliards d’Euros au bon fonctionnement de l’UE, mais il est également vrai que la place financière de Londres s’en partirait „en couilles“ une fois endehors de l’UE. Notons encore marginalement que l’Ecosse elle, ne veut en aucun cas quitter la famille „UE“ ce qui donne encore un peu de piquant quand au reférendum du 23 juin prochain.

Nous retiendrons donc qu’en premier lieu, les accords ainsi trouvés ce 19 fèvrier n’ont qu’une valeur symbolique. Mais bien sûr, en politique les symboles ont eux aussi leur importance. Les britanniques ont une peur empirique de perdre leur souverainité. Pour ce cas précis, le sommet aura, du moins en ce qui concerne la Grande-Bretagne, fait preuve de contenance.

Bien plus importantes en ce qui concerne le débat politique domestique, sont les décisions du sommet portant sur les allocations sociales au profit des migrants issus de l’UE. Ces derniers recevront pendant une période de transition moins d’allocations que les „indigènes“. La pension alimenatire pour enfants est également revue à la baisse, ce plus précisément pour les enfants ne résidant pas en Grande-Bretagne. Un fait bien sûr qui ne mettra pas fin à l’immigration des pays de l’est faisant partie de l’UE et ici sont visés plus précisemment les citoyens issus de la Pologne, l’Hongrie et la Roumanie. Cameron veut au travers de ces mesures donner aux citoyens britanniques un sentiment d’équité et du même coup les convaincre a voter pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE lors du réferendum à venir.

Entre espoir et désillusion

Sur le continent, ceux qui auront soutenu et donc approuvé l’extorsion du statut privilégié de la Grande-Bretagne, ont certainement permis à David Cameron de remporter une étappe nécessaire. Pour autant, sur l’île, le premier ministre britannique ne peut encore crier victoire. Ses adversaires sont puissants, en premier lieu ceux de son propre camp politique. A ce jour il n’aura même pas su convaincre son cabinet, bien qu’il ne soit constitué que de ministres issus de son parti.

Ainsi il faut se rendre à l’évidence que la Grande-Bretagne se retrouve à l’aube d’une décision historique. Une décision qui n’est plus entre les mains de David Cameron, mais bel et bien entre ceux et celles qui de par leur vote, lors du réferendum, auront le dernier mot.

Dans les semaines à venir, Cameron sera poussé a reformuler sans cesse la même question: „L’avenir des britanniques sera-t-il meilleur si ils quittent ou si ils restent dans l’UE?“ Pour le premier ministre – qui n’est pas dupe des enjeux, surtout ceux concernant la „City“ – il est clair que le maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE est la meilleure option. L’accès illimité au marché commun est un argument fort, sans négliger leur poids sur les options du futur de l’UE. Au passage ont peut encore noter qu’en tant que membre de l’UE leur voix dans un cadre plus mondialiste sera mieux entendue.

Une fois en dehors de la famille européenne, la Grande-Bretagne ne sera plus qu’une île perdue dans l’atlantique. Sans l’UE difficile de concevoir un futur reluisant pour l’économie britannique. Qu’en sera-t-il de la création d’emplois, voire même du maintien de l’emploi. Il en découle que les citoyens britanniques seraient bien avisés a y refléchir deux fois plutôt qu’une. Avec le „membership“ dans l’UE ils savent ce qu’ils ont, mais une fois mis à l’écart le futur risque bel et bien de devenir incertain.

Amis britanniques, les paris sont ouverts, faites votre choix… Vous perdre serait un coup dur, mais nous avons survécu à la crise banquaire – enfin pas encore vraiment mais quand même – les Grecs font toujours partie de la famille et nous avons encore quelques deniers pour alimenter la Pologne et la Hongrie avec de succulentes subventions, et ce malgré leur déni de solidarité. On vous pleurera peut-être, mais ne nous voyez pas vous retenir outre mesure.

Author: Sarah Kleeblatt

Etudiante en journalisme, Paris

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