L’absolutisme turque défie les valeurs de l’UE

Un sommet européen sur la crise des réfugiés

Le 7 mars, à Bruxelles, se sont réunis les chefs d’Etat européens pour débattre des mesures possibles pour trouver des solutions aux problèmes liés à la crise des réfugiés, qui met à l’épreuve les sacro-saintes valeurs dites „européennes“. En vedette incontournable, le premier ministre turque, Ahmed Davutoglu, toujours souriant à souhait avait apporté „son“ cahier des charges…

Un sommet qui n’aura pas apporté de réponses, d’autant que les détails vont être soumis à des groupes de travail pour „clarification“. Le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, moderne à souhait s’exprime via Twitter: „President of #EUCO will take forward the proposals and work out the details with the Turkish Side before the March #EUCO“. En clair, Xavier Bettel annonce que les négociateurs ont trouvé un accord de travail se basant sur six principes pour remédier à la crise des réfugiés.

La fermeture factuelle de la route des „balkans“ qui dévie de fait tous les réfugiés et migrants vers la Grèce renforce la position politique de la Turqie. Ahmed Davutoglu en outre tire un large profit du fait que les Etats du groupe „Visegrád“ se refusent à tout quota concernant les réfugiés. L’Allemagne quand à elle, n’est non seulement seule mais fait face à un revirement politique, avec une nette tendance nationaliste. Donc, et même avec le plus grand optimisme, entrevoir une solution, sinon un accord de principe, qui peut mettre d’accord les 28 dirigeants d’Etat, devient chose impossible.

Génocide en cours, merci de ne pas déranger…

Il n’y a pas lieu de se voiler la face, quand aux options qu’a l’Europe. D’une part, Ahmed Davutoglu a ouvertement annoncé que son gouvernement ne se satiferait pas des 3 milliards d’euros annoncés, mais en demande le double. Contre cette somme la Turquie serait d’accord pour reprendre tout „réfugié“ qui ne serait pas Syrien, si tant est que pour toute personne qui retourne en Turquie, un Syrien sera remis à l’Europe. Ankara veut aussi construire une ville pour les réfugiés, dans le nord de la Syrie, avec une capacité d’accueil de 4.500 âmes. Pour cela bien entendu, il faudra encore quelques millions…

Hormis le constat que de cette manière les réfugiés afghans et irakiens en prendront pour leur grade, il faut comprendre que construire une ville sur le territoire syrien ne peut, d’un point de vue réaliste, se faire sans l’accord de Assad et de la Russie. Notons encore en passant que Erdogan considère tous les Kurdes du nord syrien comme étant des terroristes et prend un malin plaisir à leur tirer dessus avec tout ce qui lui tombe sous la main.

A propos des Kurdes… si il est vrai que les médias occidentaux ont, que ce soit pour complaire ou bassement ne pas empièter sur les pourparlers de l’UE, trouvé bon de ne pas rendre compte de la situation du peuple Kurde dans le nord de la Turquie, il n’en reste pas moins un fait que Ankara assassine au quotidien femmes et enfants.

Liberté de la presse, droits des femmes…

Les journalistes, qui depuis peu perdent leur liberté aussi en Europe, tel le constat en Hongrie et en Pologne, sont carrément mis en danger par l’Etat Turque. Pas un jour ne passe, sans que des journalistes soient tabassés, arrêtés ou tués. Erdogan lui-même réclame leur silence, accuse à tue-tête les uns et les autres d’espionnage, d’insulte à personne ayant autorité et encore de terrorisme. Les chefs d’Etat de l’UE en restent muets. Certes, on chuchotte dans les couloirs et au travers de personnes tierces on fait mention de désaccord sur la forme et les manières, mais on n’accuse pas. Ah, elles ont belles ces valeurs que l’on prétend défendre à Bruxelles…

Quand aux droits des femmes, dont – pur hasard – ce huit mars c’est la journée internationale, pour Erdogan cela reléve de l’insulte. En effet, une manifestation à Istanbul, annoncée pour ce jour et avancée au six mars, car de toute façon interdite par Ankara, a été dissoute par les forces de police. Les policiers, des mâles dans toute leur splendeur, n’ont pas fait dans la demi-mesure. Sans même demander de dissoudre la manifestation, les minions d’Erdogan et Davutoglu ont ouvert le feu, gentillement, avec des balles en caoutchouc et cartouches de lacrymogène.

„Dame Europe, vous prendrez-bien un Croissant, rouge?“

En considérant ces quelques exactions périodiques, qui sont une preuve indéniable que le respect du droit des hommes, des femmes, de la presse… bref de la liberté tout court, ne font pas partie du vocabulaire du régime au pouvoir en Turquie, on comprend mieux que seule l’extorsion peut former un argument de débat.

Et pourtant. Le souriant Davutoglu n’hésite pas un instant de rappeler à l’UE le souhait des Turques de rejoindre l’union sous forme de membre à part entière. Il viendra même à clamer que: „La liberté d’expression est notre valeur commune, elle était et sera protégée en Turquie“. Personne n’a bronché, même pas notre Xavier Bettel, dont la seule interprétation de la liberté sexuelle serait raison suffisante pour se voir être mis à mort. Et le christianisme – un peu de judaisme aussi – qui par définition est une des „valeurs“ de l’Europe; et bien il n’a pas droit au chapitre chez nos voisins ottomans, bien au contraire. Les églises ont depuis bien longtemps été détruites ou du moins réaffectées. Les cloîtres se comptent sur les doigts d’une main et restent une proie facile…

L’adhésion de la Turquie à l’UE devient de fait le problème central, bien encore avant la crise des réfugiés, pour ce nouveau sommet prévu ces 17 et 18 mars. Et en attendant, l’UE se contentera de compter les victimes, celles de la mer d’Egée, du Kurdistan et de la Syrie…

Author: Sarah Kleeblatt

Etudiante en journalisme, Paris

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