Le sommet UE-Turquie accouche d’un accord nauséabond

Le statut de „réfugié“ remanié; la crise elle, reste

Le récent sommet à Bruxelles, qui s’est terminé sur un accord entre l’Union Européenne et le régime totalitaire d’Ankara n’attend désormais plus que sa transposition. Certes il faut encore patienter un tant soit peu, pour que le protocole d’entente soit suivi de faits, mais la Turquie semble bien avoir extorqué à l’UE la majorité de ses „souhaits“.

Si le calendrier pour la mise en place des „mesures“ convenues est ambitionné, il n’en reste pas moins le constat que le marché conclu entre l’UE et la Turquie a atteint son point de non-retour. Ce „marchandage“ plus proche de la traite des humains que d’une solution réelle à la crise des réfugiés devrait, selon les politiques de Bruxelles, apporter le „changement“ tant recherché.

Les réfugiés syriens en Turquie deviendraient-ils des demandeurs d’asile de 1ère classe?

Selon l’accord il est convenu que l’UE acceptera l’entrée sur son territoire des réfugiés Syriens en Turquie en échange de la reprise par la Turquie de tous les réfugiés, sans égard de provenance, qui entrent de façon illégale en Grèce. Ceci à un taux de „change“ de un pour un…

La convention de Genève mise en porte-à-faux

Si le papier est patient, l’accord lui ne l’est pas. Selon la chancelière allemande Angela Merkel, le compromis trouvé entre en vigueur ce dimanche. „Tout réfugié, qui dès le 20 mars rejoint les îles grecques, sera renvoyé en Turquie à moins de pouvoir soumettre une demande d’asile fondée.“ explique Angela Merkel après le sommet.

Les réfugiés bloqués à Idomeni seront-ils renvoyés en Turquie?

Il est clair que du point de vue des chefs d’Etat, cette „demande fondée“ ne concernera qu’une minorité de personnes. Sur cette même approche, il s’établit de fait que la Turquie est à considérer comme pays tiers sûr.

Subsiste un problème majeur: la situation des droits de l’homme en Turquie. On est en droit de se poser la question si l’accord est conforme à la Convention de Genève. Pour les élites politiques européennes pourtant, ce problème semble bien moins préoccupant que le seul fait de trouver réponse à la question se rapportant sur la mise en exécution pratique de l’accord en soi.

Selon le président de la commission de UE, Jean-Claude Juncker: „…il faut cependant signaler que l’UE doit faire face à une tâche herculéenne. (…) C’est le plus grand défi logistique auquel l’Union Européenne a jamais été confrontée.“ Et c’est bien entendu la Grèce qui aura a porter la plus lourde part du fardeau.

Etablir un sytème efficace

Selon le plan, il faut mettre en place un système hautement efficient sur les îles grecques, qui devra permettre le traitement de quelques milliers de demandes d’asile. „Nous devons activer au total 4.000 fonctionnaires“ disait Jean-Claude Juncker. Les collaborateurs requis doivent être mis à disposition par les Etats membres, Frontex, le Bureau de Soutien aux Demandes d’Asile européen et la Grèce.

Sera-ce la fin des traversées suicidaires?

Ceci concerne en premier lieu le personnel aux points d’enregistrement jusqu’au juges qui devront statuer sur les recours. Tout cela est nécessaire pour examiner si un réfugié n’aurait pas quand même un argument fondé pour obtenir le droit d’asile dans l’UE.

Le coût de cette mission, estimé pour les six mois à venir à environ 300 millions d’euros, sera à charge de l’UE. Une somme qui ne porte que sur les besoins financiers et l’effort logistique.

Une „union“ vacillante et défavorable

Les organisations de réfugiés s’offusquent ouvertement de l’accord conclu et dénoncent les mesures comme étant contraires aux Droits de l’Homme. Bruxelles vendrait ainsi son âme à un Etat qui bafoue les conventions fondamentales.

Et ce n’est qu’un début. Le prochain obstacle sera la prise en charge des réfugiés de Turquie. Ceux-ci devraient dés lors être répartis rapidement et de façon solidaire sur les Etats membres de l’UE. Si on peut être assurés que l’Allemagne participera largement à l’accueil des réfugiés considérés être en règle avec la réglementation convenue, il n’est à ce jour pas d’autres Etats qui soient franchement „ouverts“ à la politique d’accueil promue par Bruxelles.

Author: Sarah Kleeblatt

Etudiante en journalisme, Paris

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