Le POSL soumis à l’examen de mi-parcours

par Patrick Kleeblatt

C’est avec beaucoup d’assurance que se sont présenté les élus lors du congrès annuel du parti ouvrier socialiste, cette fois tenu au „Tramschapp“ à Luxembourg (le 19 mars 2016). Et pourtant on ne peut franchement affirmer que le 1èr gouvernement „après Juncker“ ait eu un départ facile. Concernant le rôle du POSL dans la coalition, le président du parti, Claude Haagen, insiste face aux membres, que les mesures prises étaient peu populaires, mais pourtant nécessaires.

Il est vrai que le budget public à retrouvé un certain équilibre, il est vrai aussi que certains secteurs économiques affichent une croissance et il faut confirmer que la réforme de l’ADEM commence à montrer les résultats escomptés. Retenons encore l’abolition du cours de religion et la dissociation Eglise – Etat. Claude Haagen veut, congrès oblige, aussi croire qu’en matière de réforme fiscale, toutes les idées du parti socialiste ont été prises en compte.

Quoi de plus normal, que de voir le secrétaire général du parti, Yves Cruchten, retourner le couteau dans la même plaie, si tant est qu’il réserve son plaidoyer pour s’attaquer de vive voix à l’approche politique du parti populaire chrétien social (CSV), auquel il reproche médisance sans apporter de propositions valables. Un constat pour autant, qui requiert l’obligation de rester sur ses gardes et de prendre une position claire en vue des élections à venir.

Le chef de groupe parlementaire, Alex Bodry, se fait une joie de constater que l’actuel gouvernement coalitionaire aura su apporter la preuve qu’à Luxembourg, non seulement une politique sans le CSV est possible, mais qu’il est surtout possible de mieux faire sans. De nombreuses réformes ont ainsi pu se faire, qui avec une dominance du CSV n’auraient jamais vu le jour. A titre d’exemple il rapelle les mesures visant le „mariage pour tous“ avec possibilité d’adoption, la réforme des „fabriques d’église“ ou encore le remaniement et l’élargissement du „congé parental“. Le POSL aurait donc mis en place les changements promis dans le programme électoral.

Le POSL, un parti conscient de ses responsabilités?

Alex Bodry confirme que son parti s’engage au maintien du référendum sur la constitution, mais considère que la démocratie directe reste une intiative difficile. En tant que groupe politique, il est nécessaire d’ouvrir de nouvelles voies et de présenter des opportunités fraîches à la politique nationale.

En ce il fait part de ses soucis quand à la déviance qui voit le jour à la droite du parti conservateur qu’est le CSV. Ses craintes portent de prime abord sur le danger de l’émmergence d’une droite extrême, qui voudrait tirer profit d’un populisme dont la seule base programmatique vise le mécontentement, la peur et la jalousie. Il en incomberait donc au POSL, de contrecarrer ces sentiments nauséabonds en tonifiant les espoirs et de donner des perspectives viables à la jeunesse.

Pour le ministre de l’économie, Etienne Schneider, il est important de considérer que tout n’aura pas été „perfection“ mais qu’en somme le gouvernement est sur la bonne voie. Pour une meilleure compréhension des citoyens, il s’imposerait de mieux s’expliquer. Tout un chacun peut constater que toutes sortes de choses sont en pleine mutation et un parti tel le POSL ne peut rester indiférent aux changements qui ont lieu de par le monde. Au contraire, il faut prendre des mesures qui en tiennent compte et ainsi prendre les devants; bien que cela réclame du courage et implique des décisions qui n’auront pas le loisir de plaire à tous.

TTIP? Oui, mais bien sûr…

Un point qui devrait plus que bien d’autres réclamer du courage, est le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, mieux connu sous l’abbréviation TTIP. Etienne Schneider confirme que la levée de boucliers au sein du parti socialiste, qui veut mettre en doute les profits indéniables du présent traité, ne le laisse pas indifférent. Pour autant il se refuse de réduire TTIP à des poulets chlorés et autres peurs abstruses.

Certes le ministre n’a pas l’intention de commettre un suicide héroique en faveur du TTIP, mais il n’a pas non plus l’intention de tout plaquer avant même que les négociations ne soient terminées. Il veut ainsi assurer, que dès lors que les résultats ne soient pas satisfaisants, le traité ne sera pas ratifié.

Commentaire:

L’analyse de la politique du gouvernement et des discours du congrès permet deux points de vue. L’un voudrait que l’on admette que de nombreuses réformes ont été faites à bon escient, ce qui est certainement le cas, à l’exemple du mariage pour tous, la promotion d’un Etat laïc et la réforme fiscale.

Pourtant il est besoin de constater que le „Parti Ouvrier Socialiste du Luxembourg“ s’est bel et bien éloigné de l’ouvrier qu’il prône dans son sigle, pour rejoindre une politique on ne peut plus libérale. On peut encore admettre que l’économie est un des piliers qui permet au gouvernement de prendre soin de la responsabilté sociale qui lui incombe, surtout envers et pour les plus faibles de la société. Mais quand même…

A l’exemple du TTIP (et du CETA – le fameux Comprehensive Economic and Trade Agreement) Etienne Schneider défie les détracteurs au sein du POSL avec des arguments „à la noix“ sachant impertinement que ce ne sont pas les poulets chlorés qui leur posent problème, mais bien l’intransparence de la procédure et les formulations amphigouriques des textes. Si il veut signer un accord tel le TTIP, qu’il nous apporte les preuves qu’il a bien lu l’ensemble du traité et surtout compris ce qu’il aura lu. Non, ces preuves il ne pourra les apporter, il ferait donc confiance à des conseillers de gouvernement, qui eux-mêmes n’auront pas a confirmer ce qu’ils ont compris, si d’ailleurs ils peuvent comprendre…

En qualité de petite touche finale, permettez encore de considérer le référendum, portant sur le droit de vote des étrangers résidents, qui s’est soldé par un échec net. Il est clair que ce sujet reviendra à l’ordre du jour, dans un nouvel habit et une argumentation plus propice, mais il reste que le „référendum“ en soi est toujours une lame à double tranchant.

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