Turquie: Après le coup d’Etat, le coup de torchon

Le bonheur des uns fera le malheur des autres

Le coup d’Etat en Turquie n’aura duré que quelques heures, et il aura fait de nombreuses victimes, dont la démocratie. De fait il faut constater que le commandement de l’armée était divisé et selon les dernières informations, l’action prévue était connue des services secrets. Mieux encore, la population turque, même celle opposée à la politique de Erdogan, a fait preuve de courage et étouffé cette action qualifiable de dilletantesque.

On pourrait donc se féliciter qu’un peuple se soulève contre un soulèvement. Et pourtant… Car après le coup d’Etat vient l’heure de la „chasse aux sorcières“. Recep Tayyip Erdogan qui veut instaurer par tous les moyens possibles un Etat de régime „Présidentiel“ qui lui promulgue les pleins pouvoirs, est seul vainqueur et peut maintenant agir comme bon lui semble.

Un Président soutenu

En de nombreuses villes de grand mouvements de population ont tenu des „veilles pour la démocratie“. Ce serait ainsi que les turques manifestent leur joie le répression du coup d’Etat. Ainsi l’agence de presse Dogan (DHA) signalait au moins 75.000 participants à Adapazari au nord-ouest de la turquie en faveur de Erdogan. Des manifestants pro-Erdogan se sont également rassemblés à la place Taksim au coeur d’Istanbul.

C’était par le biais des résaux sociaux que le Président avait fait appel à la population. Des milliers, même ceux n’appréciant pas sont style „politique“ ont suivi cet appel. Il est admissible d’en conclure que le désir de stabilité est plus grand que le sentiment d’insatisfaction. A la différence des quatre coups d’Etat précédents, l’armée n’avait dans le cas présent pas le soutien de la population. Les militaires se sont heurté avec violence à la résistance de l’oppositon, des médias et de la société.

Ils étaient donc des milliers à se mettre en travers du chemin des putchistes et ce fait à lui seul laisse croire à un soutien sans limites pour le Président Erodgan. Pourtant la société turque est plus divisée que jamais. Le fossé séparant les adeptes d’une politique islamiste-conservatrice et la classe populaire à tendance kemaliste-laique n’en est devenu que plus profond.

Le grand „nettoyage“

Après donc ce coup d’Etat manqué, les forces sécuritaires de la Turquie continuent de plus belle les actions répressives annoncées par Erdogan. En fin de soirée du dimanche 17 juillet, plus de 6.000 personnes avient déjà été mises sous séquestre, et selon l’agence Anadolu cela ne serait qu’un début.

Parmi les arrestations, notons celles du Général Özhan Özbakir à Denizli et du Général Bekir Ercan Van à Incirlik. Auparavant le gouvernement avait annoncé l’arrestation de 3.000 membres de l’armée dont 34 généraux, parmi lesquels le commandeur le 2ème armée Adem Huduti et le commandeur de la 3ème armée Erdal Öztürk. Toujours selon Anadolu, le gouvernement aurait suspendu 2.700 juges et procureurs, que le dirigeant turque considère être des terroristes et complices dans le coup d’Etat.

Un dialogue mis en difficulté

Avec le coup de torchon qui suit la tentative de coup d’Etat, la situation politique fragilisée entre l’Union Européenne et Ankara semble empirer. Si il est vrai que l’UE n’a pas la moindre sympathie pour l’actionisme des miltaires visant la prise de pouvoir, il n’en reste pas moins que les dirigeants européens souhaitent le respect des droits de l’homme et le maintien de la démocratie.

Mais comment communiquer avec Erdogan qui considère le coup d’Etat comme un „cadeau de dieu“ et qui semble bien vouloir profiter de la situation pour „liquider“ tous ceux qui à ses yeux sont des détracteurs. Ainsi le ministre des affaires étrangères Français Jean-Marc Ayrault met en garde à ne pas considèrer cette tentative de coup d’Etat comme un chèque „en blanc“. Il est suivi en ce par son homoloque Autrichien Sebastian Kurz „Il n’y a nul besoin d’une épuration. Contre ceux qui s’en sont pris à la démocratie turque il faut prendre des mesures dans le respect que réclame un Etat de droit“.

L’UE voudrait donc imposer des limites à ne pas franchir. Mais le peut-elle vraiment? Il n’y a nul doute que l’Europe a besoin du Président turque. A ce deux bonnes raisons: d’une part la turquie est l’allié le plus important dans la lutte contre l’Etat Islamique, d’autre part elle est une des „solutions“ principales dans cas de la crise des réfugiés.

Selon Marc Pierini de „Carnegie Europe“ il est illusoire de considèrer que l’UE soit en mesure de faire pression sur Erdogan. „Je ne peux imaginer que le Président turque soit impressioné par les appels au retour à la démocratie et l’indépendance de la justice.“

Réinstauration de la peine de mort

Un des soucis majeurs pour l’UE est le fait que Recep Tayip Erdogan relance la discussion sur la réinstauration de la peine de mort. Non-obstant de considèrer cette dernière comme un acte de déni envers l’humanité, elle mettrait un trait final aux négociations d’adhésion de la Turquie en l’Union Européenne. Déjà que les réformes réclamées par l’UE laissent à désirer, l’abolition de la peine de mort est un élement clé non négociable.

Le coup d’Etat a donc pu être évité, mais tout laisse à croire que l’on est à l’aube d’un désastre non moins désobligeant. Notre entendement de la démocratie est bel et bien un autre que celui prôné par le gouvernement actuel de la Turquie et de l’AKP en particulier. Erdogan veut règner seul, envers et contre tous au besoin. Nul ne peut à ce jour douter un seul instant qu’il va profiter de l’instant pour se débarasser de tous ceux qu’il considère vouloir s’opposer à lui.

Author: Sarah Kleeblatt

Etudiante en journalisme, Paris

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