L’économie parallèle dans toute sa beauté

par Patrick Kleeblatt

Les temps sont durs et nombreux sont les chômeurs qui „pédalent dans la semoule“, perdant peu à peu tout espoir de trouver un emploi, voire une occupation rémunérée qui leur permettrait de vivre décemment. Le Luxembourg, pour bien des gens un pays de cocagne, ne fait pas exception.

Ainsi, et le phénomène n’est pas nouveau, les photographes professionels – ceux avec un brevet de maîtrise – doivent pour les „plus heureux“ se satisfaire d’un emploi comme „vendeur“ de matériel photographique ou croupir dans leur coin, recevant une indemnité de chômage, sinon le fameux RMG. Notons au passage que ceux qui sont bénéficiaires du revenu minimum garanti (RMG) s’endettent un peu plus chaque mois et, si par malheur ils font partie des „seniors“, tout porte à croire que même l’ADEM va jusqu’à ignorer leur existence.

Quel est leur problème?

De nos jours, la photographie s’est franchement libéralisée et par la grâce d’un matériel devenu „intelligent“ il est aujourd’hui donné à tout un chacun la facilité de produire des images. Les plus fervents et assidus deviendront de vrais „cracs“ et il est admis de féliciter tous ceux et celles qui ont l’oeil. Il est aussi admis de considérer, tant qu’ils font usage de leur talent dans leur environnement social proche (famille, association et amis) à titre gratuit, ils ne perturbent pas le cours de l’économie, enfin celle de ceux qui devraient de par leur formation pouvoir en vivre.

Pourtant, est c’est bien là que le bas blesse, la masse critique de ceux et celles qui oeuvrent en toute impunité, en proposant leurs services à des tarifs qu’il faut ouvertement qualifier de concurrence déloyale, est largement atteinte. Ils n’hésitent pas un instant à offrir leurs services à des prix qui, dans la majorité des cas, ne suffisent même pas à amortir le matériel, sans parler des heures de travail prestées.

Est-ce une entreprise, une association? Non rien de tout cela. Juste de jeunes gens qui veulent travailler. Ils ne sont pas photographes professionels et de nos jours il n'est nul besoin d'avoir une qualification pour se présenter comme "photographe". Il suffirait donc de nos jours de quelques calicots reluisants, d'un „uniforme“ et de l'autorisation de la commune pour s'incruster dans un évènement culturel et „vendre“ ses services. Et bien sûr c'est tout à fait légal...
Est-ce une entreprise, une association? Non rien de tout cela. Juste de jeunes gens qui veulent travailler. Ils ne sont pas photographes professionels et de nos jours il n’est nul besoin d’avoir une qualification pour se présenter comme “photographe”. Il suffirait donc de nos jours de quelques calicots reluisants, d’un „uniforme“ et de l’autorisation de la commune pour s’incruster dans un évènement culturel et „vendre“ ses services. Et bien sûr c’est tout à fait légal…

D’aucuns opposeraient le constat qu’il ne font que répondre à une demande. Soit. Il est certes compréhensible que bien des gens n’ont pas les moyens de s’offir les services d’un professionel, que ce soit pour un mariage, une communion… la crise est partout et les deniers se font rares. Mais qu’en est-il des entreprises, maisons publiques, communes et même l’Etat. Est-ce par esprit de „facilité“ qu’ils font appel aux amateurs? Serai-ce juste pour la bonne et simple raison que la profession n’est plus protégée? Aussi, mais pas que.

Un coup de gueule s’impose

Pour mieux comprendre le problème auquel doivent faire face les quelques „vrais“ professionnels de la branche, il faut obligatoirement prendre en compte quelques exemples frappants. Ainsi celui d’un amateur franchement „classe“ qui n’a rien à envier à un pro, mais dont le revenu principal lui est versé par l’Etat. Oui vous lisez bien, l’Etat. Avec un poste dans une admistration de l’Etat, que l’on peut respectueusement considérer comme très bien rémunéré, il ne ressent aucune gêne a proposer ses services mutiples et divers. Qu’il s’agisse d’événementiel ou de portraits, il est bien souvent présent dans des maisons publiques, qui de bien entendu se réjouissent d’un travail bien fait à titre presque gratuit.

Ou à l’exemple d’un chef de service d’un département communal. Lui aussi peut se réjouir d’un salaire qui permet l’acquisition de matériel professionel dans la plus grande quiétude. Là encore, nous sommes face à un amateur „plus qu’averti“, qui de bon droit exhibe ses oeuvres à l’occasion de maints événements de sa commune. Et ce ne sera dans aucune mesure que ce dernier point est critique, même pas dès lors que partie du matériel est financé par justement son employeur. Mais seul le fait d’oeuvrer en dehors de son travail à la commune pour la presse et encore les maisons publiques, pose problème.

Rien que ces deux exemples démontrent combien il est devenu difficile, sinon impossible, au photographe professionel d’exercer son métier. Se pose alors la question, si il serait opportun que le „Maître Photographe“ s’en aille trouver un emploi „autre“ et rejoindre ceux et celles, qui d’un violon d’Ingres ont fait un métier „secondaire“. Remarquons qu’il s’entend de services rémunérés pour lesquels ne sont versé à l’Etat ni cotisations sociales, ni impôts.

Il est bien vrai, que vu les prix mis en application ils n’en s’enrichissent pas. En général cela n’amortit même pas le matériel utilisé. Et pourtant il en coûte un paquet au contribuable, que ce soit par le biais des indemnités de chômage ou encore le fameux RMG.

Tout est permis

Si en effet il est juste de considérer ces agissements comme étant une concurrence déloyale (d’un point de vue strictement moral) par rapport au photographe professionel indépendant, il est important de savoir que la loi permet cette activité. Ainsi nous avons pu apprendre d’un médiateur agréé par le Ministère de la Justice, que tout un chacun peut travailler comme photographe (si il se déclare être artiste), tant que ses revenus „secondaires“ n’excédent pas 10.000 Euros par an et sont signalés sur leur déclaration fiscale. Une somme par ailleurs non-imposable.

Il faut aussi croire que pour les organes concernés de l’Etat, le nombre de professionels est tellement infime qu’il n’y aucun besoin d’intervenir, ne serait-ce que pour tout ce qui concerne les maisons publiques, théâtres et autres départements qui ont de fait besoin de ces services.

Ces agissements sont donc passé dans moeurs de notre société et seul le fait de se plaindre peut faire mal, très mal au plaignant. En effet il n’est pas sain de marcher sur les pieds de gens qui ont le bras long, sinon des „amitiés“ en haut lieu. Mais cela ne résoud en aucune mesure les problèmes des professionnels qui, comme le veut une expression contemporaine „crèvent la dalle“.

Il serait alors bienvenu des politiques, plus précisément ceux et celles censés représenter et défendre les plus démunis et vulnérables, de faire suivre des actes à leurs paroles. Prenons pour exemple les socialistes, qui à l’occasion de la présentation de leur bilan parlementaire ont dit de vive voix: „Combattre le chômage est la première priorité des socialistes“. En fait il la couleur politique importe peu, car tous ont la vocation de prôner leur assiduité au combat contre le chômage. Il serait éventuellement une bonne action que de faire preuve par l’exemple que ce n’est pas du „charabia“ électoral, qui, force est de constater, ne met pas du beurre dans les épinards des professionnels présentement concernés.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *