Bilan parlementaire du groupe ADR

par Patrick Kleeblatt

Un gouvernement dans l’impasse

Le leader du groupe parlementaire d’opposition ADR, Gaston Gibéryen, s’est montré confiant à l’occasion du rendez-vous donné à la presse pour le bilan de fin de session. Il constate de juste que le rendez-vous donné par le plus petit groupe parlementaire de la chambre est aussi le début des congés.

ADR Bilan session parlementaire 2015/16

C’est aussi le moment propice pour prendre en considération quelques points importants portant sur la gestion du pays par le gouvernement de coalition et de jeter un regard sur les perspectives. Il insiste aussi sur le fait, que dès lors que les trois députés sont en réunion, ils sont bien entourés et convenablement conseillés par l’exécutive du parti et les différents collaborateurs.

Le gouvernement de coalition a en ses 30 mois de règne su se profiler de par deux sujets principaux. L’un concerne le « projet d’avenir » (Zukunftspak) l’autre porte sur des réformes sociopolitques qui ont toutes, selon Gaston Gibéryen, les attraits d’une idéologie gauchiste. Pour ce qui concerne le « projet d’avenir » l’ADR approuve que le vice-premier Ministre Etienne Schneider admette que ce soit une « erreur ».

Cela ne permet pourtant que le constat d’un travail bâclé. Le groupe ADR avait averti que les mesures proposées allaient à l’encontre de l’intérêt général. Seules les familles qui suivent les directives du gouvernement sont avantagées, alors que celles qui voudraient décider librement du choix d’education sont mises à contribution.

La langue des Luxembourgeois est le luxembourgeois !

Un autre projet de loi en cours porte sur la nationalité et Gaston Gibéryen rappele que les Luxembourgeois ont clairement répondu par la négative lors du référendum du 7 juin 2015. Il ne peut autrement que de constater que le gouvernement n’a de toute évidence pas compris le message qui lui était adressé. La nouvelle loi – qui n’est pas encore votée – prévoit un niveau largement moins stricte quand à l’apprentissage de la langue nationale pour ceux qui souhaitent acquérir la nationalité Luxembourgeoise.

Le groupe parlementaire a fait preuve de bienveillance quand le gouvernement a cherché le consensus avec les partis d’opposition et à l’occasion de deux entretiens avec le Ministre de la Justice, l’ADR a su trouver les compromis justes. Ce n’est que sur les conaissances de la langue qu’aucun accord n’était possible. En cela Gaston Gibéryen regrette que le CSV se soit laissé amadouer, car il est persuadé que dès lors que le plus grand parti d’opposition ait fait obstruction, le niveau actuel requis en matière linguistique aurait pu être maintenu.

Si l’ADR veut bien admettre que le français est devenu la langue véhiculaire dans les entreprises et que tant le français que l’allemand sont des langues administratives, il n’en reste pas moins que le luxembourgeois reste la langue des citoyens de ce pays.

Une croissance qui pose problème

Gaston Gibéryen remarque ainsi que la croissance économique et démographique avance à grands pas et ce depuis 2003. Une croissance qui s’accomode d’un déficit budgétaire non négligeable. En prime, les infrastructures ne suivent aucunément la croissance et ce problème avait déjà valu une remarque de la part de Jean-Claude Juncker en 1998. Dans l’interpellation du groupe parlementaire, l’ADR avait ouvertement soulevé ce problème, réclamant une meilleure gestion de la croissance en optant pour la qualité.

L’ADR est également très deçu des « déi Gréng »; ceux-là même qui avaient réclamé une « table d’avenir », semblent accepter la croissance aveugle comme un fait et considérer que le Luxembourg peut supporter 1,2 millions d’habitants vers 2040/50. Autrement plus grave, le fait que le Ministère de la durabilité, géré par le ministre écolo François Bausch, ait engagé plus de travaux qu’aucun Ministre avant lui, laisse douter du souci environnemental qui d’antan était leur carte de visite. Pour Gaston Gibéryen, c’est devenu le Ministre du béton.

Conseil d’État

Depuis bien longtemps l’ADR réclame de bon droit d’avoir un représentant au sein du conseil d’État et il vrai que le gouvernement avait engagé des pourparlers pour répondre à cette demande. Ainsi il était prévu, et malgré le fait que la loi n’ait pas encore été votée, de lui donner bonne lecture..

Avec Alex Penning, l’ADR a un candidat qui répond aux critères et pourtant il ne siégera pas au Conseil d’État pour la simple raison qu’il n’est pas une femme. Gaston Gibéryen y voit de la discriminiation et rappele que de toute façon son parti est opposé à toute forme de quota. La fonction réclame une bonne qualification et non des quotas.

Réforme fiscale

Pour l’ADR c’est une surprise que le gouvernement, après la prise de connaissance des sondages très défavorables, admette que son « Spuerpak » soit une erreur et prenne un virage à 180 degrés en annonçant une réforme fiscale généreuse. Une réforme qui d’ores et déjà va trop loin pour l’ADR et qui ressemble plus à une distribution de cadeaux, déstinés à faire revenir quelques voix.

En effet, la réforme prévoit un allègement fiscal popur les ménages allant à des revenus cumulés de € 40.000. Gaston Gibéryen se demande si ce sont justement ces ménages qui en auraient besoin. D’autant que les partis de la coalition ont toujours critiqué justement ce point. Une réforme qui a un coût et qui serait intégralement financée par des emprunts.

Et le Ministre des finances en prend pour son grade. Il sera même traité de menteur. En effet, contrairement à sa déclaration sur les ondes de RTL, il est un fait que l’État fait face à un déficit de 218 millions pour le premier semestre 2016. Cela correspond exactement à la moitié du déficit de budget voté et il a été faite l’annonce vers Bruxelles, que dès l’année prochaine et ce jusqu’en 2020 le déficit sera de 1 milliard/an. On retrouve donc les mêmes chiffres qu’au début de la période législative.

Crise migratoire

Gaston Gibéryen confirme que l’ADR est respectueux de la convention de Genève portant sur les réfugiés (1951) mais réclame des critères stricts. L’immigration illégale n’est pas admissible et l’asile ne peut être accordé qu’aux seuls ayants droits et ce pour un temps limité. Une fois la paix revenue dans le pays d’origine du demandeur, celui-ci doit y retourner et contribuer à la reconstruction.

L’Allemagne et le Luxembourg sont les seuls pays de l’UE a faire une politique de la « porte ouverte » et cela dans le contexte actuel est une erreur. Le premier devoir de l’État est d’assurer la sécurité de ses citoyens. Pour autant l’ADR ne fait pas l’amalgame entre réfugiés et terroristes, mais demande aux autorités de ne pas brader la nationalité et l’octroi de visas.

Turquie, un Etat démocratique ?

Le récent coup d’etat manqué en Turquie et le soulèvement de la population en faveur du président Erdogan inquiète l’ADR. Il constate une tension énorme et ne peut s’accorder à admettre que la Turquie soit un Etat de Droit tel que compris par le parti. La censure de la presse, la suppression des droits élementaires, sans parler des arrestations qui ont plutôt un aspect de purge.

L’ADR a toujours refusé la demande d’adhésion de la Turquie à l’UE. Gaston Gibéryen se dit surpris de la déclaration de Laurant Mosar (CSV) qui demande l’arrêt immédiat des négociations avec la Turquie. Il rappele aussi qu’il n’y a pas deux mois que Jean Asselborn avait encore embrassé la moitié du gouvernement turque, déclarant que tout devait être fait pour intégrer la Turquie dans l’UE. Ce n’est que la déclaration de réinstaurer la peine de mort qui aurait animé le Ministre des affaires étrangères de dire que la Turquie n’aurait pas sa place au sein de l’UE. Pour l’ADR, avec ou sans peine de mort, la Turquie n’a pas sa place dans l’Europe.

Brexit, CETA et le dictat de Bruxelles

Le « Brexit » est la conséquence d’une politique arrogante et tout laisse croire que Bruxelles n’a rien compris; si après quelques jours du référendum en Grande-Bretagne Jean-Claude Juncker ne s’offusque pas de déclarer que le traité CETA est une compétence exclusive de l’UE et n’est pas en droit d’être soumis au vote dans les parlements nationaux. Heureusement une opposition massive a forcé la commission à revoir le sujet et donc CETA sera traité par les instances nationales.

Pourtant il ne faut pas crier victoire, car selon Gaston Gibéryen, la commission serait enclin a diviser les conventions, pour permettre un vote dans les parlements nationaux sur les points qui ne posent pas problème, alors que tout les sujets critiques seraient traités par l’UE. Pour l’ADR ce n’est pas l’Europe telle qu’ils la souhaitent. L’ADR veut une Europe ou les Etats restent souverains et dans laquelle les parlements nationaux sont en droit de participer dès la phase de projet à l’élaboration de conventions.

Conclusion finale

Pour l’ADR le gouvernement de coalition n’aurait que peu de chances de poursuivre sa politique avec un deuxième mandat, le citoyen ayant été assez trompé. Pourtant il estime que la coalition actuelle serait prête à payer le prix pour rester au pouvoir. A savoir la participation de la gauche (déi Lenk) qui pourrait devenir la quatrième roue du carrosse, si tant est qu’il manquerait seuls quelques sièges pour former le gouvernement.

L’ADR est bien positionné depuis les dernières élections et les nouveaux adhérants au parti sont multiples. „Nous parlons un language clair qui permet à tout un chacun de bien situer notre position“ dit Gaston Gibéryen, qui admet qu’il peut y avoir des avis contraires, mais au moins il n’y a pas de doute possible sur les engagements pris.

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