Fin de la liberté de la presse en turquie

42 journalistes sous le coup d’un mandat d’arrêt

La démesure des purges instaurées par Recep Tyyip Erdogan, qui par decrét règne en seul maître sur la Turquie, met en lumière ses volontées. Après l’armée, la justice et l’éducation, le Sultan d’Ankara passe le coup de torchon dans les médias.

Et ceci n’est en fait pas vraiment une nouvelle, car le régime s’attaque à la presse depuis des mois. Fermeture de stations TV et radio, censure et pressions sur la presse écrite, tabassage de blogueurs sont devenu le quotidien de la société turque, qui pour sa majorité (visible) semble s’en accomoder. Mais la nouvelle en fait sont les mandats d’arrêt délivrés à l’encontre de 42 journalistes ce 26 juillet, dont cinq auraient déjà été interpellés.

Photo d’archives du 4 mars 2011 d’une manifestation à Istanbul pour protester contre la détention de journalistes turcs. © AFP
Photo d’archives du 4 mars 2011 d’une manifestation à Istanbul pour protester contre la détention de journalistes turcs. © AFP

Erdogan avait certes prévenu le 23 juillet que tous les médias supposément soutenir le coup d’Etat, auraient a payer le prix (fort). Fort est de constater que les médias concernés seraient tous adeptes du réseau de soutien à Fethullah Gülen, le prédicateur et ancien „pote“ du Président exilé aux Etats-Unis depuis 1999, accusé d’être l’instigateur du putsch.

De la „purge“ au „réglement de comptes“

Pour s’en tenir au faits, il est important de considérer que c’étaient en effet les médias proches de la mouvance Gülen qui, après le „divorce consommé“ en 2013 entre les deux belligérants, avaient largement révélé les affaires de corruption au sein du gouvernement turque.

Ainsi, pour l’exemple, la journaliste Nazli Illicak, figure éminente de la presse conservatrice et limogée du quotidien progouvernemental Sabah en 2013. Elle avait „osé“ critiquer des ministres impliqués dans le scandale. Nazli Illicak avait créé en 2015 la revue Özgür Düsünce (libre-pensée) et était chroniqueuse à Bugün, un journal taxé de güleniste. Elle est aujourd’hui recherchée par les forces de l’ordre.

Mais sont aussi pris en ligne de mire les journalistes dits de „gauche“ et l’on est en mesure de se demander si l’appartenance à un média laisse conclure à un soutien de la ligne éditoriale. Une question qui vaut pour l’ensemble des médias d’Europe, si tant est qu’ici la liberté de la presse a vocation à être respectée.

Torture et viols… Amnesty s’en mêle

Selon une information relayée par Amnesty International (https://www.amnesty.org/en/latest/news/2016/07/turkey-independent-monitors-must-be-allowed-to-access-detainees-amid-torture-allegations/) il y a de bonnes raisons de s’inquiéter. En effet l’ONG affirme avoir réuni des preuves crédibles attestant de tortures et de viols sur des détenus.

Il est ainsi admissible d’admettre que l’état d’exception en vigueur ne serve que d’écran pour poursuivre les attaques contre les journalistes et médias n’ayant aucune affinité avec Gülen. Ici encore pour l’exemple, les cas de Can Dündar, l’ancien rédacteur en chef de Cumhuriyet, inculpé bien avant la tentative de coup d’Etat.

Sont aussi particulièrement visés les médias de gauche qui ouvrent leurs antennes et leurs pages aux revendications kurdes. Depuis la fin mars, l’Etat turque fait pratiquement un procès tous les jours à des journalistes. Ainsi non moins 100 instructions à l’encontre de Inan Kizilkaya, rédacteur en chef du quotidien Özgür Gündem, pour „propagande d’un groupe terroriste“. Et déjà son prédécesseur Reyhan Çapan, condamné à 42 mois de prison, à fait les frais de publications liées à la guerre que le régime turque mène contre les Kurdes.

Il faut ainsi savoir que depuis septembre 2015, 13 journalistes ont été arrêtés au Kurdistan, dont seuls quatre on été remis en liberté. Les journalistes qui ont exprimé leur soutien aux journalistes détenus sont également inquiétés. Tel le cas de Faruk Eren, coordinateur d’information à IMC et président de la section des journalistes au sein du Syndicat „Disk“. Rédacteur en chef d’un jour à Özgür en signe de solidarité, le régime Erdogan le poursuit pour „propagande de la terreur“.

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L’équipe de la rédaction d’Indymedia-Lëtzebuerg exprime sa solidarité et appelle à la solidarité internationale. Tout peut arriver aux journalistes turques, qui doivent se sentir très vulnérables quand ils vont seuls au procès. Seule une campagne de soutien international peut leur donner la force nécessaire d’affronter un destin dicté par Recep Tayyip Erdogan.

Author: Sarah Kleeblatt

Etudiante en journalisme, Paris

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