La Turquie et les terroristes

L’agent double de la politique pert-il de sa crédibilité?

Selon un papier confidentiel des services secrets allemands, la Turquie serait une plate-forme actioniste pour les islamistes de tous bords. Dés lors une question est permise. Quels sont les liens qu’entretien Ankara avec le Hamas (Palestine) les frères musulmans (Egypte) et l’Etat Islamique (Syrie & Irak) ?

Les informations qui ont ainsi été relayées se reportent sur une information du ministère de l’intérieur. Ces mêmes informations stipulent que la Turquie se serait transformée en plate-forme de soutien pour les divers groupements islamistes du moyen-orient depuis 2011. Pour la chancelière allemande Angela Merkel, la divulgation de ces notes confidentielles posent problème.

En effet, considérant que la crise des réfugiés est loin d’être circonscrite, de telles informations sont néfastes sur un plan diplomatique. A cela il faut ajouter les points de discorde que créent les mesures mises en place après le coup d’Etat et qui sont au moins sujet à mettre en doute l’Etat de Droit. Le respect de celui-ci est néanmoins la base sur laquelle reposent tant les relations entre l’Allemagne que les pourparlers d’adhésion à l’Union Européenne.

Avec des dizaines de milliers de personnes jetées en prison, autant d’employés de l’Etat suspendus, la fermeture de journeaux, de stations télé et radio et la demande d’extradition de personnes dites proches du mouvement Gülen, il faut de fait constater que la politique intérieure turque se dirige vers un régime autoritaire islamique. Un constat qui laisse douter de la position de politique extérieure que prend la Turquie au centre des crises actives au moyen-orient.

Cette Turquie qui faisait figure de bastion de stabilité vis-à-vis du chaos qui règne sur le proche-orient et qui non moins héberge armes et forces armées de l’OTAN, perd de sa credibilité.

Soutien au Hamas

Nous oserons rappeler que la position du ministre des affaires étrangères, Ahmet Dovotoglu, n’était vers 2011 pas tenable. D’abord les relations avec Israël sont littéralement tombées à l’eau quand les commandos de l’armée israëlite ont investi un bateau turque, avec à son bord, du matériel dédié au mouvement islamo-radical Hamas. Comme le Hamas est déterminé a détruire l’Etat d’Israël, l’Etat hébreu avait stoppé net le bateau à l’approche les côtes de Gaza.

En guise de réponse, la Turquie avait interdit à l’Etat d’Israël le survol de son territoire. Les „juifs“ qui n’ont jamais connu les faveurs des médias turques, ceux-ci les présentant comme l’enemi „traditionnel“ ont accusé le coup, sans pour autant remuer le couteau dans la plaie.

A cela aussi une bonne raison. Alors que – avant le détournement dudit bateau – la Turquie avait permis le survol de son territoire pour les avions de chasse israëliens, l’Etat d’Israël avait convenu d’améliorer l’éfficacité de la force de frappe de l’aviation turque. Avec la fin de cette „entre-aide“ le commandement militaire turque, de tendance plutôt séculaire et kémaliste, est clairement privé de son pouvoir. L’orientation islamique de la politique intérieure turque devenait visible et s’accordait avec les démarches de politique extérieure.

Soutien pour les „Frères Musulmans“ d’Egypte

La déchéance de Hosni Mubarak, alors que les rues du Caire étaient en ébulition et que l’administration de Barak Obama à Washington faisait les éloges du souhait de démocratie, était célèbrée à Ankara comme le réveil d’une nouvelle ère islamique. Recep Tayyip Erdogan lui-même avait alors proposé la Turquie comme atelier modèle du futur.

Pourtant, alors que les Frères Musulmans d’Egypte, sous l’égide de leur leader Mohammed Mursi, ont pris le pouvoir, indivisé et radical, une page fut tournée. La masse populaire, toujours affamée et sans travail, s’impatientait et devenait violente. C’est ainsi qu’avait lieu une „contre-révolution“ militaire. L’armée égyptienne, un Etat dans l’Etat, s’en est prise avec violence au régime des Frères Musulmans. Ils ont remplacé Mursi par Abdel Fattah al-Sisi, l’ancien ministre de la defense.

A Ankara le rêve d’un réveil islamique sous une guidance néo-osmanique partait en lambeaux. Il est certes vrai que le concept n’avait rien d’un projet réaliste pour un futur démocratique arabe. Il ne leur restait qu’une piètre intervention moraliste et symbolique.

Les liens avec l’Etat Islamique

Les services secrets européens et américains se sont posées les questions „qui fâchent“ dont une pertinente: „L’Etat turque soutien-il le groupe terroriste „Daesh“ communément appelé Etat Islamique? Mais encore, est-ce que Ankara a avec bienveillance permis le transfert d’armes et de combattants vers la Syrie? Quel est le but recherché dans l’admission de millions de réfugiés sur son territoire et l’accord ainsi trouvé avec l’Union Europénne?

Pour trouver des réponses il faut retourner en 2011. En ces temps là, la Turquie soutenait ouvertement divers groupements radicaux islamistes. L’accent avait été mis sur trois fractions rebelles, qui aujourd’hui comptent parmi les plus grandes. Ainsi Ahrar al-Sham, un groupe crée par des membres du réseau terroriste Al-Qaida aux premiers jours de la révolution. Mais encore le groupe Nusra, et l’IS (Etat Islamique) quand ce dernier commençait sa démonstration de pouvoir.

Il est considéré comme irréfutable que la Turquie soutenait ces trois organisations salafistes à tous les niveaux. Ainsi 30.000 combattants ont pu traverser – et pour certains faire des aller-retour – en Syrie par les postes frontière de la Turquie. De nombreux hôtels des villes frontière étaient devenu „point de ralliement“ et lieu de transit de milliers d’islamistes. Les hôpitaux étatiques turques s’affairaient a soigner gratuitement les blessés djihadistes, leur permettant ainsi de reprendre leur besogne crapuleuse. Des transports d’armes passaient régulièrement la frontière direction la Syrie.

Les témoins occulaires

De nombreux témoignages crédibles renseignent sur le fait que les transports d’armes et de munitions vers la Syrie étaient escortés tant par l’armée que les services secrets turques. Ces derniers devaient certainement s’assurer que la „marchandise“ arrivait à bon port, soit dit les bonnes mains islamistes.

Quand l’Etat Islamique conquit une grande partie du territoire syrien le long de la frontière turque, l’économie battait son plein. Le pétrole brut, mais aussi des produits raffinés ont été pompés vers la Turquie, par des oléoducs prévus à cet unique but. Autre essor économique: la vente de véhicules „tout-terrain“, du matériel de télécommunication par satellite, des drones et de bien entendu tous les produits nécessaires à la fabrication d’explosifs et/ou de bombes.

Visiblement, tant la politique intérieure qu’extérieure ne sert qu’au maintien d’une situation instable en Turquie. Il faut ainsi considérer que les gestes diplomatiques, qui visent une certaine reconciliation tant avec la Russie qu’Israël font partie du calcul politique de Recep Tayyip Erdogan. Néanmoins il est a considérer que les intérêts économiques et géopolitiques retiendront la proximité avec les pays de l’ouest. Et pourtant la politique autoritaire d’Ankara et ses ressentiments envers les Etats-Unis restent difficilement prévisibles.

Author: Sarah Kleeblatt

Etudiante en journalisme, Paris

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