ADEM: Les montagnes russes de la crise…

par Anne Schmitt

Au jour de référence fixé pour le 31 juillet 2016, l’Administration de l’Emploi (ADEM) se devait de présenter les chiffres du „chômage“. Ceux-ci démontrent de façon explicite que la situation sur le marché du travail reste tendue. Avec 16.634 demandeurs inscrits le niveau d’avant-crise est loin d’être atteint. A noter que ces chiffres ne tiennent pas compte de ceux et celles qui sont actuellement dans une mesure d’emploi.

Le communiqué de presse se veut pourtant optmiste, considérant qu’une baisse de 902 unités, soit 5,1 %, par rapport à l’année précédente reste un „succès“. Au niveau national le taux de chômage – officiel – est donc de 6,4 %, soit 0,5 % en dessous du niveau de 2015. Si l’on se permet de considérer les chiffres antérieurs, il doit être permis de remarquer qu’en 2007, le moyenne des demandeurs d’emploi se chiffrait à 9.623 unités, soit un taux de 4,4 %.

Les „laissé-pour-compte“

Si il est admissible de considérer que les chiffres actuels ne donnent pas lieu au pessimisme, il doit être permis d’apprécier les chiffres portant sur ceux et celles qui ne font pas partie calcul du taux de chômage. Tels les 5.171 personnes placées dans une mesure de travail.

Ils ne sont donc pas ou plus „chômeur“ au même titre que ceux et celles chômeurs ayant rentré un certificat de maladie statuant une incapacité de travail de plus de sept jours, les femmes en „congé de maternité“ et ceux qui n’ont pas fait face aux obligations soumises par l’ADEM.

Ce serait pourtant un point d’honneur que pourrait s’attribuer l’ADEM, si elle prennait publiquement en considération ces personnnes. Mais peut-on afficher un nombre réel de chômeurs qui dépasserait les 24.000 unités? Pour l’ADEM, instrument politisé et géré par quelques nantis, la réponse est claire: NON!

Notons encore que pour ceux et celles repris dans les chiffres officiels, seuls 6.751 unités sont indemnisées à taux plein. Selon le communiqué de presse cela représente une baisse de 394 unités.

Un brin de statistique

Toujours selon le communiqué officiel de l’ADEM, la configuration du chômage démontre que 47,8 %, soit près de la moitié des demandeurs inscrits, recherchent un emploi despuis plus de 12 mois. 20 % des demandeurs ont moins de trente ans, 24 % ont entre 30 et 29 ans, 27 % ont entre 40 et 49 ans et non moins de 29 % ont plus de 50 ans.

Face aux demandeurs, l’offre elle n’est pas au rendez-vous. En juillet 2.507 emplois ouverts étaient enrégistrés par l’administration. Soit une augmentation de 5 % par rapport à juin. Là encore les chiffres sont trompeurs, car ils ne différencient pas entre ceux de type dits CDI (Contrat à Durée Indéterminée) et les CDD (Contrats à Durée Déterminée). L’ADEM a par ailleurs enrégistré 1.750 nouveaux demandeurs en juillet.

Ce qui n’est pas communiqué…

Etre „placeur“ à l’ADEM n’est de loin pas un emploi facile, si tant est que la tâche est franchement rémunérée. Avec quelques 2.500 places à „distribuer“, pour le demandeur cela relève d’une lotterie, car son placeur est de fait plutôt poinçonneur qu’agent conseil. En effet, avec une centaine de „clients“ à gérer, l’agent de l’administration est souvent, trop souvent, enclin à juste mettre un tampon sur la „carte de présentation“, confirmant ainsi que le sujet s’est bien présenté à la date convenue.

ADEM siège régional d'Esch-sur-Alzette

Au demandeur à chaque visite d’insister et de réclamer si emploi il y a. Et encore, il n’est pas rare que le demandeur se retrouve face à face avec un nouveau visage. Des visages qui se ressemblent et qui reviennent tour à tour. Le ressentiment de se voir peu considéré le poussant tôt ou tard a s’accomoder de la situation. Le rendez-vous avec l’agent placeur devient une contrainte, l’espoir s’effrittant à chaque passage.

Une offre d’emploi pour dix demandeurs n’est guère source d’espoir. Les mesures d’emploi et les offres de réinsertion pour les chômeurs dits „de longue durée“ sont tant rares que peu prospères. En effet, à leur grande majorité ces mesures permettent une „occupation“ sur une durée donnée. Et à l’exception de quelques cas rares, ces mesures ne mènent nullement vers un emploi fixe. Certes, s’en devrait être le but, mais cela est illusoire, la crise est passée par là…

Ceux qui sortent du silence

Alors que les médias établis se bornent à seulement reprendre le communiqué de presse, nous avons osé aller la rencontre de ceux et celles qui, donnent suite aux rendez-vous imposés par la carte de présentation. Nous n’en aurons trouvé que très peu qui auront osé s’exprimer, de peur que leur témoignage soit sanctionné par l’administration. Ils resteront ici sans nom…

A Luxembourg-Ville nous avons rencontré un jeune homme. L’entreprise dans laquelle il a été formé et qui lui a permis d’obtenir son brevet d’apprentissage, n’avait plus besoin de lui pour des raisons économiques. Son poste est aujourd’hui occupé par un nouvel apprenti. Peintre en bâtiment il est au chômage depuis maintenant 3 mois, il reste confiant. Pourtant ce qui le révolte, c’est d’une part la désinvolture de son placeur, qui ne cesse de lui recommander de rechercher un poste dans une entreprise d’intérim, genre Randstadt et autres vendeurs d’âmes. Il y est allé, mais il semble que ces derniers ne sont pas friands de prendre des „résidents“ dès lors que les „frontaliers“ sont largement plus ductiles.

A Diekirch, c’est une femme qui a remarqué que nous cherchions des témoignages. Elle affiche la quarantaine, a bonne présentation et ne mâche pas ses mots. Elle nous dit devoir rechercher un travail suite à un divorce. Elle a un diplôme en secrétariat et de bonnes connaissances en comptabilité. Un certificat stipulant qu’elle a suivi des cours de remise à niveau en termes de bureautique. Son placeur pourtant ne lui fait guère espèrer trouver un emploi de bureau. Son âge serait un problème et à l’ADEM on serait tenu privilegier les offres aux jeunes. Au mieux, on lui soumet des offres de femme de ménage… à temps partiel.

A Esch s/Alzette c’est le témoignage d’un „ancien“ qui retient notre attention. Le cinquagénaire est tout bonnement dégouté. D’une pochette décrépie il sort son CV et des copies de diplômes. Il s’insurge: „Je suis inscrit depuis 2003. Ils m’ont mis dans une mesure de travail à deux reprises, sachant qu’il n’y aurait pas d’affectation à la suite. Depuis 2007 l’ADEM me gère comme un „manuel“ alors que force est de constater que je n’ai pas de formation dans ce sens. Il est vrai qu’après tout ce temps je suis prêt à accepter tout et n’importe quoi, mais quand même.“ Ce que son placeur a bienvaillament omis de lui raconter, c’est qu’après cette longue période et le fait qu’il soit bénéficiare du RMG, ce n’est pas l’ADEM qui va lui trouver du boulot. Il est ce que les placeurs considérent être une „fiche perimée“.

Nous voudrons admettre que les témoignages cités ci-dessus ne sont pas représentatifs. Nous en avons receuilli en en trois semaines une cinquantaine. Aucun témoignage positif quand au ressenti de l’accueil par les agents de placement. Les demandeurs sont soit trop jeunes et inexpérimentés, soit trop vieux et donc trop coûteux, ou encore une femme en âge de devenir maman. Mais si vous êtes „maman“ vous n’êtes pas non plus le sujet recherché, car un môme peut tomber malade et gêner votre „fonctionnement“.

Il ne fait pas bon être chômeur, quelle que soit l’âge ou la formation. Et à Luxembourg c’est „limite“ un problème quand vous êtes un „résident“. Pourtant, selon un agent de „Pôle Emploi“ à Metz, lui il trouve chaque année une centaine d’emplois pour ses clients. Et il n’est pas seul a contribuer au flux des frontaliers. Que ce soit en restauration, dans le bâtiment et les institutions bancaires, cet agent qui ne veut être nommé, constate toujours une „croissance“ à Luxembourg. Il voit plutôt un problème institutionnel.

Il est vrai qu’elles sont nombreuses les entreprises sises au Luxembourg qui ne sont pas gérées par des „locaux“. Et qui reprocherait à un patron ou directeur de ressources humaines venu de France, de privilégier ses compatriotes. C’est qu’en France aussi le chômage est ravageur…

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