Théâtre politique: Hate Radio

par Patrick Kleeblatt

Un polaroïd d’une radio génocidaire?

La piéce de théâtre „Hate Radio“ de Jens Dietrich et Milena Kipfmüller, mis en scène par Mila Rau va bien au-delà de la fiction sur un fait historique. En fait elle offre un „moment“, quelque peu un instantané sur ce qu’était la RTLM (Radio Télévsion Libre des Mille Collines) et du rôle que ce média a joué dans le conflit rwandais qui s’est terminé par un génocidé avéré.

A déconseiller aux âmes sensibles, cette oeuvre présente aux spectateurs quelque 90 minutes d’émission reconstituée. Une accusation ouverte de ceux qui, en ces temps ou les éthnies Hutu et Tutsi s’affrontaient à coups de machette, ont fait usage de la radio pour inciter à l’extermination d’une minorité qui de par sa seule existence se voyait accusée de tous les torts.

Une pièce de théâtre „radiophonique“

Avant même que les spectateurs ne rejoignent leurs places, leur sont attribués des casques d’écoute. De leurs sièges ils seront confrontés à un bloc, celui-ci représentant la vue sur le studio imagé de la RTLM. La séance débute par une projection vidéo qui met en scène quatre intervenants dans le rôle de „témoins“. Une forme d’introduction. Elle ne laisera pas de place au doute de ce qui suivra…

HATE RADIO Festival Hate Abbaye de Neumünster September 3rd, 2016

Une fois les „rideaux“ levés, on rentre dans la reconstitution proprement dite d’une des émissions de cette radio, pur instrument de propagande créé par les proches du Président Habyarimana en 1993. L’emission en soi se passe peu après que l’avion du président rwandais ait été abattu par deux missiles. On était le 6 avril 1994 et cet „attentat“ allait être l’élément déclencheur d’un génocide qui attendu et, selon ce qui est communiqué au travers de la pièce de théâtre, réclamé par les animateurs et présentateurs de la dite radio.

HATE RADIO Festival Hate Abbaye de Neumünster September 3rd, 2016

Ils animeront ouvertement leurs auditeurs a se „défaire“ des Tutsis particulièrment, mais aussi des Hutus dits modérés. Si il n’existe pas de chiffres exacts, il n’en reste pas moins que le nombre de victimes est évalué entre 800.000 et 1 million. Ces collaborateurs n’ont cependant pas eux, tué de leurs mains. Ils n’ont qu’incité au meutre… Accusés et condamnés, certeins d’entre-eux se perdront dans la „nature“ sans vraiment laisser de trace.

Un brin d’histoire s’impose

Si sans nul doute cette pièce de théâtre fait était de la cruauté dont seul l’être humain semble capable, il n’en reste pas moins qu’elle tend à être un extrait. Avec l’attentat du 6 avril 1994, le Rwanda avait atteint le point de „non-retour“ dans un conflit et une prise de mains médiatique qui s’annoçait déjà au début des 1990.

Il nous paraît ici être important de conseiller aux intéressés de considérer le conflit dans son entière durée. Un point important sans lequel le „jugement“ devient facile, mais ne permet pas d’en comprendre la causalité.

hate radio 3Ainsi il faut faire état du fait, que la minorité Tutsi s’est vue d’abord mise sur le banc d’accusation par un régime lui-même mis en place, par tant la France que les Etats-Unis. Comme souvent ce sont des enjeux économiques; la soif de ressources (à l’exemple du coltan, issu de la ressource minérale le columbo-tantaliste ndlr) et la réponse favorable aux demandes des industriels, qui sont à la base d’un conflit dont la cruauté marquera à jamais ce pays d’Afrique centrale.

Il faut donc reprendre le cours de l’histoire en 1990. Année durant laquelle le journal „Kangura“ une revue extrémiste publiait dans ses pages plénitude d’articles et caricatures anti-Tutsi. Cette publication voit le jour peu après que le règime en place est attaqué par un des rebelles se regroupant sous le sigle FPR (Front Patriotique Rwandais) et agissant depuis le territoire angolais. Il est exclusivement constitué d’exilés Tutsi des première et deuxième „républiques“ du Rwanda.

hate radio 2Les combattants de la branche militaire du FPR, regroupés eux dans l’“Armée Patriotique Rwandaise“ ont été formés par l’armée ougandaise et leurs premières offensives au Rwanda se soldent par des échecs. Sur pressions „extérieures“ – car ces attaques gênent les intérêts économiques de „certains“ pays – plusieurs accords de cessez-le-feu seront signés. Tous seront violés par le FPR, jusqu’aux accords d’Arusha

Nous sommes au deuxième semestre de 1993 et les Nations Unies mettent en place la mission MINUAR (Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda). Ces 2.3000 „casques bleus“, essentiellement des Bangladais, Belges et Ghanéens sont mis sous le commandement du Général canadien Dallaire, figure emblématique de par son implication personelle dans la tragédie rwandaise. Il est permis de constater que cette mission, même si elle a pu protéger quelques 40.000 Tutsis, n’a en aucun moment su empêcher le génocide.

Des objectifs strictement stratégiques et géopolitiques

En 2014, Michel Chossudovsky était revenu sur la tragédie rwandaise à l’occasion du 20ème anniversaire de l’événement. Son intitulé: „Economic Genocide in Rwanda“ faisait partie d’un plus grand receuil déjà publié en 2003, la seconde edition de The Globalization of Poverty and the New World Order.

hate radio 1Selon Chossudovsky les intérêts geopolitiques des Etats-Unis sont une des causes premières qui sont à la base de ce drame. Il est avéré que les Etats-Unis ont joué un rôle d’infiltration dans le déclenchement du génocide. L’objectif ultime était de déplacer la France de l’Afrique centrale.

Il est intéressant de noter que qu’une situation similaire eut lieu peu après dans la République centrafricaine qui a été historiquement une zone d’influence française. Les divisions ethniques entre chrétiens et musulmans ayant pour objectif ultime d’établir un pays politiquement proche des américains.

The 1994 Rwandan “genocide” served strictly strategic and geopolitical objectives. The ethnic massacres were a stumbling blow to France’s credibility which enabled the US to establish a neocolonial foothold in Central Africa. From a distinctly Franco-Belgian colonial setting, the Rwandan capital Kigali has become –under the expatriate Tutsi led RPF government– distinctly Anglo-American. English has become the dominant language in government and the private sector. Many private businesses owned by Hutus were taken over in 1994 by returning Tutsi expatriates. The latter had been exiled in Anglophone Africa, the US and Britain.

The Rwandan Patriotic Army (RPA) functions in English and Kinyarwanda, the University previously linked to France and Belgium functions in English. While English had become an official language alongside French and Kinyarwanda, French political and cultural influence will eventually be erased. Washington has become the new colonial master of a francophone country.

Quoting former Cooperation Minister Bernard Debré: “What one forgets to say is that, if France was on one side, the Americans were on the other, arming the Ugandans, who armed the Tutsis. I don’t want to portray a showdown between the French and the Anglo-Saxons, but the truth must be told.”

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