Le TAGEBLATT un journal de gauche?

par Patrick Kleeblatt

Anciennement porte-voix syndicaliste le Tageblatt se prosterne devant le gouvernement de coalition et offre une double-page aux libéraux-démocrates. Avec une large interview accordée à la Ministre de la Famille, Corinne Cahen, les journaleux de rue du Canal à Esch s/Alzette convoitent une reconduction de la coalition „Gambia“ largement avant l’heure.

La gazette du patronat

Les syndicalisés OGBL et autres électeurs du parti socialiste ouvrier (POSL) ont du croire tenir en main une édition spéciale du „Journal“ voix officielle du Parti Démocrate (DP), car le Tageblatt du week-end s’ouvrait en grand sur une interview avec Corinne cahen, anciennement chef d’entreprise, reconvertie ministre.

Rien qu’à lire les questions du journaliste Claude Clemens, rien ne laisse présager un point de critique éventuel. On se croirait entrevoir un face-à-face plutôt convivial, un papotage entre potes… On est loin de ce qui serait à attendre d’un journal qui avait d’antan été le fer de lance des salariés. Fini donc le combat, le libéralisme et les enjeux capitalistes ont enfin eu raison du dernier bastion d’une gauche ouvrière.

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Il est vrai que ce n’est pas vraiement neuf, mais quand même. Si l’on pouvait encore admettre que depuis quelques années déjà, dans les pages „économie“ le Tageblatt faisait plutôt figure de „gauche libérale“ et que la liberté journalistique permettait à l’un ou lautre de se plaire être plus conservateur que ses confrères du Wort, on est en droit de se demander à qui le Tageblatt s’adresse.

Convoiter une terre qui n’est pas la sienne

Le lecteur – quand lecteur il y a – n’est pas dupe. Depuis belle leurette les rotatives d’EDITPRESS, maison mère du Tageblatt, impriment le „Journal“. Le vrai bulletin du patronat va mal. L’ambiance en ses murs est mausade et la rédaction atrophiée n’atteint elle non plus, ses lecteurs d’antan. Le „Journal“ survît, comme la „Zeitung vum Lëtzebuerger Vollék“ par la grâce des subsides de Presse.

La publicité c’est l’affaire des deux grands; du „Wort“, édité par Saint paul et du Tageblatt. Ils en ont besoin, une inappétance cruciale qui pourtant ne suffirait point au besoin financier. De fait les ventes stagnent et le lectorat se fait vieux. Alors, pour vendre du papier, on se décide de choisir des voies nouvelles, il faut plaire à qui veut bien débourser les quelques deniers qu’il en coûte pour être au courant des dernières nouvelles…

Il est est vrai que, avec la libéralisation totale des marchés souhaitée par Bruxelles, il y a fort a craindre que cette aide financière attribuée par l’Etat sous la dénomination „aide à la presse“ soit contraire au préceptes de l’UE. Avec des projets de loi qui devraient encore voir le jour au cours de cette période législative et qui visent à revoir l’actuelle situation, il est fort possible que chez Editpress on en sache plus qu’on en dise.

Composer le futur

L’instrument „aide à la presse“ tel que défini par la loi du 3 août 1998 ayant pour but de promouvoir la diversité de la presse d’opinion luxembourgeoise, devrait en effet être adaptée à la situation nouvelle, ce qui inclut les nouveaux médias, en l’occurence le travail de presse sur internet.

Le lecteur de demain est „internaute“ et a pris l’habitude de pouvoir consulter les informations de son choix de manière „gratuite“, s’il en est qu’il doit accepter les cookies qui suivront chacune de ses lectures et l’abreuveront avec des publicités „choisies“. Le papier lui reste „anonyme“ personne pour regarder de par votre épaule quels sont les sujets qui vous intéressent. Et pourtant la publication papier se meurt.

Ce constat fait, on peut comprendre que dans les bureaux de la rédaction du Tageblatt, on veuille se préparer et s’armer pour le futur. Un choix qui semble impliquer le besoin de plaire à tout le monde. Ainsi, dès lors que l’on parcourt les pages de cette publication, on zigzague de gauche à droite sans toutefois toucher les bords.

Maintenir une ligne politique, telle qu’envisagée par la loi qui stipule bien „presse d’opinion“ n’est plus d’actualité. Le „Lëtzebuerger Journal“ et la „Zeitung vum Lëtzebuerger Vollék“ sont actuellement les seuls journaux a maintenir le cap, même si il est permis de constater que le Wort reste un organe conservateur très proche de l’église. Le Tageblatt lui, n’est aujourd’hui rien d’autre qu’un journal libéral, au même titre que la politique du POSL.

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