Bahama Leaks: Neelie Kroes poignarde l’idée européenne

La „surveillante“ aux
comptes „off-shore“

Neelie Kroes, commissaire à la concurrence de 2004 à 2009, puis vice-présidente de la Commission européenne jusqu’en2014, remet en question les valeurs d’une institution qui pourtant se veut être la défendrice des droits des citoyens. Confondue par des documents, elle se devait de reconnaître avoir été directrice de „Mint Holdings Ltd“ une société off-shore ayant son siège au Bahamas.

Confondue par des documents, l'ancienne commissaire à la concurrence a reconnu avoir été directrice d'une société off-shore aux Bahamas pendant son mandat européen. (foto d'archives / © John Thys, AFP)
Confondue par des documents, l’ancienne commissaire à la concurrence a reconnu avoir été directrice d’une société off-shore aux Bahamas pendant son mandat européen. (foto d’archives / © John Thys, AFP)

Anciennement commissaire européenne à la Concurrence et à ce titre chargée de surveiller le monde des affaires, les documents en possession du quotidien allemand „Süddeutsche Zeitung“ et du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) mettent en lumière le fieffé double-jeu de Neelie Kroes.

Alors que le code conduite de l’Union Européenne dispose que „les membres de la Commission ne peuvent exercer aucune autre activité professionnelle, rémunérée ou non” Neelie Kroes semblait très confiante dans la confidentialité qui règne dans le monde des „bôites à lettres“ qui gère l’évasion fiscale. Le réveil a du être brutal pour la septuagénaire qui, après ces révélations, ne pouvait autrement que reconnaître son mensonge.

A ce titre, rappelons que les commissaires européens doivent en début de mandat, non seulement renoncer à toutes leurs fonctions de direction, mais aussi informer dans un registre public de toutes les fonctions, ayant donné lieu ou non à une rémunération, exercées les dix années précédent le mandat. Selon ce registre pourtant, Neelie Kroes aurait résilié son contrat de directrice en 2002, pour quitter définitivement Mint Holding en 2004, au début de son premier mandat de commissaire européenne.

Eclaircissement?

Deux journaux néerlandais, le „Trouw“ et „Het Financieele“ Dagblad“ relatent que l’ex-ministre des Transports n’aurait, selon ses propres dires, été un directeur non-exécutif et aurait seulement donné des conseils stratégiques à Mint Holdings, qui voulait acheter des parts du géant américain de l’énergie Enron. Des parts pourtant d’une valeur de 6 milliards de Dollars.

Le „deal“ en soi, ainsi les journaux cités, n’a jamais eu eu lieu parce que Mint Holdings n’a jamais été opérationelle. Neelie Kroes affirmant n’avoir jamais fait état de ses fonctions dans la direction de cette société. Honi soit qui mal y pense…

L’ancienne commissaire, proche de Manuel Barroso, a pourtant reconnu auprès de ces deux journaux qu’elle avait de fait été en infraction avec le code de conduite. Son équipe de juristes déclarant au journal anglais „The Guardian“ que leur cliente est d’accord qu’officiellement, elle aurait dû déclarer ses fonctions de directrice. “Mme Kroes informera le président de la Commission européenne de cette omission et en assumera la pleine responsabilité“, ont-ils dit à ce quotidien britannique. Ils ajoutent que Kroes pensait que Mint Holdings avait été liquidé en 2002 et qu’elle n’aurait jamais reçu rétribution.

Le document met bel et bien en valeur que Neelie Kroes était „Director“ de 2000 à 2009, alors qu'elle „pensait“ que la société avait été liquidée en 2002. (source: ICIJ)
Le document met bel et bien en valeur que Neelie Kroes était „Director“ de 2000 à 2009, alors qu’elle „pensait“ que la société avait été liquidée en 2002. pourquoi alors affirmer avoir définitivement quitté Mint Holding en 2004? (source: ICIJ)

Selon une porte-parole de la Commission, l’ex-commissaire aurait entre-temps informé les autorités compétentes. La Commission se doit maintenant de vérfifier et analyser le dossier. Mais Neelie Kroes ne risque pas vraiment grand chose. La Commission est en effet souvent bien indulgente et dans moins d’une semaine tant les médias que les quelques citoyens attentifs auront oublié jusqu’au nom de l’intervenante.

Une „teigne“ libertine

Notons que et ce juste pour être complets que, Neelie Kroes s’était sous Barroso fait une réputation en prenant position – dans le cadre de sa lutte contre les positions dominantes sur les marchés – contre Microsoft, E.ON et GDF Suez. Maintenant il est vrai qu’hormis un certain brouhaha dans les médias, la lutte n’a aucunement changé la donne en ce qui concerne les multinationales nommées. Mais Neelie affichait en ces temps une position qui voulait être au profit des consommateurs.

Auhourd’hui, Neelie Kroes est conseillère à la „Bank of America“ et chez „Uber“. Deux sociétés qui ne font pas vraiment l’unanimité dans le monde économique. „Uber“ plus précisément sème la pagaille avec son service „Taxi“ qui n’en n’est pas un, mais qui contribue largement au désordre que crée le travail libéré de charges sociales et fiscales. Ainsi donc se tourne une nouvelle page qui remet en question la Commission Européenne et ses commissaires en particulier. Ah qu’elle est belle l’Europe…

Author: Sarah Kleeblatt

Etudiante en journalisme, Paris

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